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3 QUESTIONS À... : JANVIER 2014







1/ Sur quels travaux vous appuyez-vous dans cette étude pour caractériser les comportements des jeunes par rapport à l’alcool ?

Les comportements spécifiques des jeunes à l’égard de l’alcool sont explorés ici en s’appuyant principalement sur les résultats de la dernière enquête de l’Institut de recherches scientifiques sur les boissons (Ireb, réalisée en novembre 2007). Cette enquête est le sixième opus d’une série dont la précédente date de 2001. Elle se distingue par son échantillon étendu aux jeunes de 21 à 24 ans, et non plus seulement aux 13-20 ans, ce qui permet de mieux comprendre les changements de comportement à l’œuvre lors de cette période charnière qu’est l’adolescence, âge de l’apprentissage des « codes » sociétaux, affectifs et moraux, mais aussi celui des transgressions. Le recours à l’Audit 10, qui permet de repérer les consommations à risque, et les analyses réalisées sur de nombreux facteurs, permettent d’appréhender de façon intéressante et approfondie ces comportements.

L’enquête Ireb s’inscrit dans la continuité d’autres enquêtes, essentiellement européennes, qui présentent des résultats convergents sur ces questions. Trois autres enquêtes épidémiologiques apportent des données françaises : HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), ESPAD (European School Survey on Alcohol and other Drugs) et ESCAPAD (Enquête sur la santé et les consommations lors de l'appel de préparation à la défense), couvrant la période allant de 11 à 17 ans, auxquelles s’ajoute le Baromètre santé de l’Inpes pour les jeunes adultes (analyse étendue aux 15-30 ans en 2010). Mais la comparaison des résultats de ces différentes enquêtes est délicate car elles ne s’appuient pas sur les mêmes tranches d’âge ni parfois sur les mêmes populations, jeunes scolarisés uniquement ou également jeunes actifs.

Après avoir décrit la diversité des modes de consommation d’alcool (fréquences, quantités, ivresses, précocité) des 13-24 ans selon l’âge et le sexe, nous explorons à travers des modélisations la diversité des facteurs associés à la consommation à risque d’abus ou de dépendance, qu’il s’agisse de facteurs de risque ou d’éléments protecteurs. Les résultats présentés prennent en compte l’évolution observée depuis plus de dix ans, entre les deux dernières enquêtes Ireb notamment (2001 et 2007) et jusqu’en 2011 pour les enquêtes ultérieures. Certains résultats apportent des éléments nouveaux tels que les caractéristiques individuelles et socio-économiques des jeunes, l’influence de l’entourage, le contexte de la consommation et, en particulier, la pratique d’une activité physique ou sportive.

2/ Quels sont les principaux résultats et évolutions observés depuis dix ans ?

La majorité des jeunes de 13 à 24 ans consomme de l’alcool de façon modérée, une fraction boit de façon abusive, ponctuellement, et une minorité – 6 % des garçons, 2 % des filles – présente de graves problèmes avec l’alcool. Les modes de consommation des jeunes ne montrent pas d’évolution majeure au cours de ces dernières années. Certes, le phénomène de binge drinking émerge mais sa mesure reste problématique et demande à être poursuivie dans le temps. La dernière enquête de l’Ireb signale cependant un abaissement de l’âge de la première consommation, ainsi qu’une légère baisse des quantités moyennes globales consommées chez les garçons parallèlement à une hausse chez les filles. Pour autant, le gender gap reste encore important en France contrairement à d’autres pays, les jeunes garçons continuant à consommer bien plus que les filles. Si la consommation d’alcool augmente avec l’âge, un renversement des tendances se produit aux alentours de 22-23 ans, semblant diriger la majorité des jeunes vers des modes de consommation plus proches de ceux des adultes.

Par ailleurs, toutes les enquêtes, en France comme à l’étranger, le montrent : la plupart des adolescents boivent pour des raisons sociales et festives. Les manières de boire de l’entourage, parents et surtout amis, jouent un rôle important. De nombreuses études soulignent le rôle décisif du contrôle parental, dans une perspective de prévention de la consommation excessive d’alcool. Le contexte socio-économique joue de façon variable selon l’âge : selon l’Ireb, l’argent disponible favorise la consommation à problèmes des mineurs et, chez les majeurs, on est plus souvent non consommateur si l’on est étudiant ou scolarisé que si l’on est un jeune qui travaille. Le sport collectif avec compétition favorise chez certains la non-consommation et, chez d’autres, la consommation à problèmes, mettant en lumière la complexité des phénomènes.

3/ Au vu de ces observations, quelles sont les perspectives en termes de politiques publiques ?

La consommation d’alcool est un enjeu de santé publique : l’abus et la dépendance entraînent de nombreuses conséquences médicales, sociales et économiques. En termes de politiques publiques, intervenir dès le plus jeune âge apparaît donc essentiel. Les premières expérimentations de l’alcool sont souvent prédictives du devenir, en particulier l’âge à la première ivresse, et même si la majorité des jeunes adopte peu à peu un mode de consommation adulte sans risque, une partie d’entre eux peut évoluer vers des conduites d’abus, voire vers l’addiction.

L’ensemble des enquêtes converge sur le fait que la consommation baisse légèrement, à l’instar de celle des adultes, mais que les ivresses sont en hausse. Or à cet âge, ces consommations ponctuelles importantes ont des effets négatifs au niveau cérébral, notamment sur la mémoire et les fonctions d’apprentissage. Le contrôle parental joue un rôle modérateur décisif. Si les problèmes s’expriment plus fortement lorsque l’âge augmente pour fléchir à partir de 23-24 ans, des facteurs de vulnérabilité jouent dès avant, notamment la vulnérabilité psychique. Pour une fraction des jeunes, le problème alcool apparaît sur un fond de mal-être doublé d’incertitude de l’avenir.

La prévention doit tenir compte des conditions sociales et s’appuyer sur l’ensemble des acteurs, parents et éducateurs. Il est démontré que celle-ci, pour être efficace, doit débuter très tôt, dès l’école primaire. Le médecin joue également un rôle important par le repérage clinique qu’il peut effectuer chez le jeune ou le dialogue qu’il peut instaurer avec lui.

En termes de politiques publiques, si la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009 a posé des pierres fondamentales à l’édifice (interdiction de ventes d’alcool aux mineurs, des open bars et happy hours, de la publicité sur Internet…), il reste encore beaucoup à faire. La nouvelle Stratégie nationale de santé (2013) et la prochaine Loi de santé publique attendue en 2014 peuvent offrir un cadre propice au développement de modes d’intervention ciblés sur les jeunes les plus vulnérables. Enfin, il est indispensable de poursuivre la recherche sur de nombreux champs d’étude, notamment celui de l’évaluation des stratégies de prévention.

Propos recueillis par Anne Evans

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15 janvier 2014