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3 QUESTIONS À... NOVEMBRE 2016







3 questions à... Catherine Sermet à l’occasion de la parution du Questions d’économie de la santé n° 220 intitulé : « Stratégies de désinvestissement des produits pharmaceutiques : une revue de littérature internationale » réalisé avec Bonny Parkinson, Fiona Clement, Steffan Crausaz, Brian Godman, Sarah Garner, Moni Choudhury, Sallie-Anne Pearson, Rosalie Viney, Ruth Lopert et Adam G. Elshaug


1/ Qu’est-ce que le « désinvestissement » en matière de médicaments ? Pourquoi s’y intéresser ?

Dans les trente dernières années, les dépenses pharmaceutiques ont augmenté de façon constante dans la plupart des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le besoin de financement de nouvelles thérapies à coût souvent élevé conduit les pouvoirs publics à « désinvestir » activement des produits à faible valeur thérapeutique, dont le coût était jugé trop élevé par rapport au bénéfice attendu.

Le désinvestissement a fait l’objet de nombreuses conceptualisations mais on peut le définir avant tout comme le fait de ne plus financer tout ou une partie des pratiques de soins, procédures, technologies ou médicaments existants si ces derniers n’offrent que peu ou pas d’avantages thérapeutiques par rapport à leur coût, et ne contribuent donc pas à une allocation efficiente des ressources de santé.

On distingue généralement deux formes de désinvestissement : le désinvestissement passif et actif. Le premier n’est pas lié à l’intervention directe des pouvoirs publics : un médicament sera ainsi retiré du marché par le fabricant pour des raisons commerciales ou du fait de problèmes de sécurité identifiés ou, tout simplement, progressivement abandonné par les prescripteurs. Le désinvestissement actif est quant à lui porté par une forte volonté politique d’améliorer l'efficacité des soins de santé par des mesures qui allègent la pression sur les budgets pharmaceutiques et améliorent la qualité des soins fournis. Il se caractérise par le retrait de certains médicaments du financement public (radiation des listes de remboursement par exemple), par le fait de limiter le traitement à certains sous-groupes de patients, par la modification des prix ou des taux de remboursement ou bien par la promotion de la prescription de génériques.

2/ Quels sont les principaux résultats de la revue de littérature internationale sur le désinvestissement ?

Ce Questions d’économie de la santé, qui s’appuie sur une étude internationale publiée dans la revue PharmacoEconomics en 2015, vise à évaluer dans cinq pays de l'OCDE (Australie, Canada, France, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni ) les politiques de désinvestissement partielles ou complètes de certains médicaments financés ou subventionnés par l’État. Les expériences menées dans ces pays peuvent fournir un éclairage utile à d'autres pays qui envisagent ce type de désinvestissement, et permettre ainsi d’améliorer la capacité de financement de médicaments innovants et coûteux.

Si les pays se sont davantage appuyés dans un premier temps sur le désinvestissement passif, ils ont tendance à recourir de plus en plus au désinvestissement actif. Nous avons établi une distinction entre les initiatives de désinvestissement à caractère obligatoire (par exemple, la radiation), celles qui ont recours à des incitations (incitations en direction des pharmaciens, par exemple, pour la substitution par des génériques) et celles qui ne consistent qu’un simple encouragement (par exemple, les recommandations de bonne pratique). De même, nous avons distingué deux approches : une approche généralisée (par exemple, en encourageant la prescription de génériques) et une approche ciblée (par exemple, en restreignant le traitement à certains sous-groupes de patients).

3/ Quels enseignements tirer de cette étude en termes de politiques publiques ?

Parmi les différentes méthodes utilisées pour le désinvestissement en matière de produits pharmaceutiques, la plus radicale, la radiation des médicaments des listes de prise en charge est également celle qui est la plus difficile à mettre en œuvre. En dehors de la France dans les années 2000 qui a revu l’ensemble de sa pharmacopée et qui a tiré les conséquences de sa réévaluation en déremboursant massivement des produits de valeur thérapeutique insuffisante, aucun pays n’a eu recours de façon massive à cette méthode, les pressions des professionnels de santé, les lobbies des patients et des laboratoires pharmaceutiques réussissant le plus souvent à contrecarrer ce genre d’initiative. Les autres méthodes, baisse des prix, génériques, restrictions de traitement à des sous-populations sont plus fréquemment utilisées à un degré plus ou moins important par les pays étudiés.

Ces différentes méthodes ayant montré leurs limites, les pouvoirs publics devraient s’assurer que d’autres moyens de désinvestissement (par exemple des baisses de prix ou des restrictions de prise en charge) soient identifiés préalablement à l’admission à la prise en charge, ou encore négocier a priori des rabais, afin de veiller à ce que les médicaments qu'ils remboursent restent efficients alors que de nouveaux éléments d’évidence scientifique ou l’arrivée de génériques dans la classe considérée modifient le rapport cout/efficacité du produit. Cette question du désinvestissement est d’autant plus cruciale que les exigences sur l’admission au remboursement sont moins sévères.


Propos recueillis par Anna Marek

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22 novembre 2016