3 QUESTIONS À... JANVIER 2017







3 questions à... Zeynep Or à l'occasion de la parution du Questions d'économie de la santé n° 221 intitulé : « L'accès aux soins en cancérologie : évolution de l'offre et recours aux soins entre 2005 et 2012 », rédigé avec Julia Bonastre, Virginie Mobillion et Mariama Touré


1/ Pourquoi l'offre de soins en cancérologie s'est-elle restructurée depuis une dizaine d'années ?

Les dix dernières années ont été marquées par des réformes hospitalières visant à améliorer la qualité et l'efficience de l'offre de soins en cancérologie. Parmi elles, deux sont particulièrement importantes : l'introduction des seuils d'activité minimale en chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie et l'introduction de la Tarification à l'activité (T2A), en 2005, qui a augmenté la concurrence entre les établissements.
Ainsi, entre 2005 et 2012, une centaine d'établissements de chirurgie carcinologique ayant un faible volume d'activité et majoritairement issus du secteur privé lucratif ont disparu. De manière concomitante, une augmentation de l'activité par établissement, surtout dans les établissements publics et privés non lucratifs est observée. L'évolution de l'activité en chimiothérapie est encore plus forte s'étant accrue de près de 60 % sur la période, particulièrement dans le secteur public où le nombre de séances a doublé.

2/ Comment ces évolutions ont-elles influé sur les distances d'accès aux soins de chirurgie et en chimiothérapie ?

Malgré ces évolutions, l'évaluation des distances parcourues par les patients recourant à une chirurgie de cancer ou à une chimiothérapie tend à montrer qu'aux niveaux national et départemental, les distances ont peu varié entre 2005 et 2012. Au plan national, cette distance moyenne augmente de 2 kilomètres pour une chirurgie de cancer passant de 25 à 27 kilomètres et, au plan départemental, même si elle augmente dans les deux tiers des départements, elle reste inférieure à 3 km. Ce type d'intervention étant programmé, cette légère augmentation peut n'avoir pas d'incidence sur l'accessibilité des patients à cette prise en charge. Concernant la chimiothérapie, la distance moyenne parcourue pour y avoir accès est restée stable s'élevant à 25 kilomètres. Toutefois, le traitement par chimiothérapie nécessitant de nombreuses visites à l'hôpital, les distances d'accès peuvent être préoccupantes dans certains départements ou communes. Par exemple, on note en 2012 quatorze départements dans lesquels la distance moyenne parcourue pour suivre les séances de chimiothérapie atteint plus de 35 kilomètres.

3/ Comment interpréter les disparités de recours à ces deux types de soins entre les départements ?

D'abord, rappelons que ces taux de recours ne sont pas ajustés sur l'incidence des cancers qui varie d'un département à l'autre. Les fortes disparités territoriales de recours à une chirurgie de cancer ou à une chimiothérapie sont en partie le reflet de différences d'état de santé des populations selon les départements. Mais les variations observées révèlent également des distinctions en matière de capacités de prévention, de dépistage et des variations de composition de l'offre de soins en cancérologie sur le territoire. Par exemple, les taux de recours à la chimiothérapie à l'hôpital varient de moins de 25 en Corse à plus de 230 dans les Côtes d'Armor et en Côte d'Or. Comprendre des situations aussi extrêmes est important. S'agit-il de stratégies thérapeutiques et de niveaux de développement des alternatives à l'hôpital différents ? Ces variations interdépartementales interrogent quoiqu'il en soit sur de possibles inégalités de traitement du cancer selon le lieu d'habitation des patients. Nous apporterons des éléments de réponse à ces questions dans nos prochains travaux sur la prise en charge du cancer du sein.


Propos recueillis par Anne Evans

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