3 questions à... Anne Penneau, Sylvain Pichetti et Marc Perronnin, à l'occasion de la parution du Questions d'économie de la santé n° 304 intitulé : « Les prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines chez les séniors restent élevées »
Janvier 2026
Pour comparer des consommations de médicaments entre pays, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise l'indicateur de la consommation en dose par jour « Defined Daily Dose » (DDD). En France, la consommation de benzodiazépines chez les personnes âgées de 65 ans et plus a diminué au cours des dernières années : elle est passée de 138 DDD/jour pour 1000 habitants en 2012 à 101 DDD/jour en 2022.
Cette baisse est comparable à celle constatée dans les autres pays européens sur la même période et pour les mêmes tranches d'âge. Le profil de la France est très comparable à celui de l'Islande, avec une consommation de 125 DDD par jour en 2012, qui atteint 93 DDD /jour en 2022. Ces deux pays s'illustrent par une consommation plutôt forte par rapport aux autres pays : par exemple, au Danemark, la consommation est seulement de 17 DDD/ jour pour 1000 habitants.
Les personnes atteintes de troubles psychiques ou de maladies neurodégénératives ont les taux de prescriptions potentiellement inappropriées les plus élevés (entre 30 % et 53 %). Autre distinction : les prescriptions dans ces populations baissent très peu entre 2015 et 2022, et ont même tendance à augmenter chez les personnes atteintes de déficience mentale. Ces constats sont d'autant plus préoccupants qu'ils concernent des populations vulnérables, qui ne sont pas nécessairement en mesure de consentir à ces traitements. Nos travaux précédents avaient déjà montré la difficulté à proposer des alternatives non médicamenteuses aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, tant à domicile qu'en établissement pour personnes âgées dépendantes.
En outre, d'importants écarts de pratique ont été observés selon les profils des médecins généralistes. Les prescriptions potentiellement inappropriées s'observent davantage chez les médecins hommes plus âgés. Nous avons également mis en évidence une concentration de bassins de vie avec des taux standardisés plus élevés dans certains territoires comme la Bretagne, le Nord de la France, le Limousin, la Champagne-Ardenne, la Gironde ou le littoral du sud de la France. Ces variations sont associées à des différences de niveaux socio-économiques des populations, mais également à des différences d'accessibilité à l'offre médicale, notamment aux médecins généralistes. Plus l'offre est importante, plus le niveau de prescription est élevé.
D'une part, continuer à sensibiliser les médecins, mais également le grand public, sur les risques liés à la prescription de ces médicaments ; d'autre part, encourager à suivre les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) pour traiter les troubles de l'anxiété et du sommeil. Il s'agit notamment de privilégier les approches non médicamenteuses et, en cas de prescription, de planifier d'emblée la stratégie de déprescription, afin que le traitement ne dépasse pas trois mois.
S'agissant des personnes atteintes de maladies neurodégénératives ou de troubles psychiques, trois sociétés savantes ont récemment souligné les obstacles à la mise en œuvre d'interventions non médicamenteuses telles que la musicothérapie, l'activité physique adaptée ou encore la formation et l'éducation thérapeutique. Parmi les freins identifiés figurent le manque de personnel, mais aussi la question du niveau de preuve de leur efficacité.
Il apparaît donc nécessaire de renforcer l'accompagnement de ces populations, aussi bien à domicile qu'en établissement. La Stratégie nationale de lutte contre les maladies neurodégénératives 2025-2030 pourrait y contribuer, puisqu'elle prévoit notamment le déploiement de ces alternatives non médicamenteuses, ainsi que le renforcement du soutien en santé mentale par la présence accrue de psychologues au sein des services à domicile.