3 questions à... Véronique Lucas-Gabrielli et Marie Bonal, à l'occasion de la parution du Questions d'économie de la santé n° 305 intitulé : « Inégalités spatiales et financières d'accessibilité à la médecine de ville en France. Le cas des cardiologues, dermatologues et ophtalmologistes »
Février 2026
En médecine de ville, l'accès aux soins de premier recours (médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes…) et aux soins de spécialistes reste marqué par de fortes disparités entre les départements. À ces inégalités territoriales s'ajoutent parfois des obstacles financiers, notamment en raison des dépassements d'honoraires pratiqués dans certaines spécialités et dans certains territoires. A travers cette étude, nous avons souhaité renouveler le diagnostic des inégalités spatiales que nous avions réalisé pour les soins de premier recours, en l'appliquant à la médecine spécialisée de ville. Pour cela, nous avons cherché à adapter l'indicateur de l'Accessibilité potentielle localisée (APL) à ce type de soins, en se concentrant sur trois spécialités : les cardiologues, les dermatologues et les ophtalmologistes. L'APL permet en effet de mesurer, sur l'ensemble du territoire, l'adéquation entre l'offre et la demande de soins, à un échelon territorial très fin, ici au niveau communal.
Nous avons en effet observé, dans la majorité des départements, de fortes inégalités d'accès à ces trois spécialités. Une centralité - qui correspond le plus souvent à la préfecture - bénéficie généralement d'une bonne accessibilité à ces praticiens, laquelle diminue progressivement à mesure que l'on s'en éloigne. Toutefois, dans certains départements, principalement situés sur la diagonale centrale reliant le nord-est au sud-ouest du pays, le niveau d'accessibilité demeure globalement faible.
Les trois spécialités présentent en outre des configurations spatiales similaires, avec des régions dans lesquelles les patients accèdent plus facilement aux soins (centre de l'Ile-de-France, Alsace, vallée du Rhône, pourtour méditerranéen, Nord - Pas-de-Calais…). Les grandes villes sont également mieux dotées, comme Toulouse, Bordeaux, Nantes ou, à plus petite échelle, Clermont-Ferrand et Limoges. De la même manière, certaines régions présentent une faible accessibilité aux trois spécialités : c'est le cas des zones de montagne, comme le sud du massif Alpin, la Corse ou les Pyrénées, ainsi que de la Guyane.
Il faut d'abord souligner que, quel que soit le type d'espace considéré, l'accessibilité aux ophtalmologues et aux dermatologues repose davantage sur une offre de secteur 2, tandis que les cardiologues sont en écrasante majorité en secteur 1.
Les dépassements d'honoraires pratiqués par les médecins accentuent en effet pour les patients les inégalités d'accessibilité géographique : celle-ci est plus limitée dans les communes les plus défavorisées et plus élevée dans les communes les plus aisées, dans lesquelles la demande est plus solvable. Dans ce contexte, améliorer la répartition géographique des médecins spécialistes et maîtriser l'évolution des tarifs pratiqués permettrait de répondre plus efficacement aux besoins de santé de la population.