3 QUESTIONS ... : NOVEMBRE 2015







3 QUESTIONS ... Denis Raynaud, nouveau directeur de l'Irdes depuis le 21 octobre 2015

1/ Vous êtes nommé directeur de l'Irdes à la suite de sa transformation en Groupement d'intérêt public (Gip). Cette transformation en Gip engendre-t-elle des changements ?

Dans un contexte de forte pression sur les dépenses publiques, cette transformation en Groupement d'intérêt public (Gip) a pour objectif d‘améliorer la cohérence de l'action des institutions en matière de recherche et d'études. L'Etat, l'Assurance maladie et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) partagent largement ces préoccupations. La transformation de l'Irdes - depuis sa création association loi 1901 - en Gip est apparue comme la meilleure solution sur les plans juridique et technique pour rationaliser l'utilisation des fonds publics en mutualisant les moyens entre les différents financeurs.

Le Gip Irdes s'inscrit dans la continuité de l'association. Cette continuité s'illustre par le nom même de l'organisme qui reste inchangé, de même que ses missions et son périmètre d'actions qui, par ailleurs, se renforce sur le champ du médico-social. Il s'agit d'un changement de forme juridique qui a pour vocation de sécuriser la structure et ses missions. Un conseil scientifique continuera à accompagner l'Irdes, comme précédemment.

Cette transformation permet aux partenaires, qui n'étaient pas dans l'association mais finançaient régulièrement l'Irdes à travers des opérations et des études commanditées, d'entrer naturellement dans la gouvernance. C'est le cas de la Direction de la recherche, des études de l'évaluation et des statistiques (Drees) ainsi que de la CNSA. Les membres du Gip pourront ainsi s'appuyer sur l'Irdes pour la réalisation de travaux dans le cadre du Conseil d'administration de l'Institut qui examine et approuve le programme pluriannuel de travail.

2/ Quel a été votre parcours professionnel ?

A l'issue de mon doctorat en sciences économiques obtenu à l'université de Toulouse en 2001, j'ai intégré la Drees qui venait d'être créée par Mireille Elbaum. J'y ai débuté comme chargé d'études, menant notamment des travaux sur les déterminants de l'accès aux soins qui ont contribué à évaluer la Couverture maladie universelle (CMU). J'ai aussi été chargé de construire ce qui est aujourd'hui l'enquête annuelle auprès des organismes complémentaires. Les directeurs successifs de la Drees, Anne-Marie Brocas puis Franck Von Lennep, m'ont ensuite confié des responsabilités croissantes qui m'ont conduit, entre autres, à travailler sur l'articulation entre les assurances maladies obligatoires et complémentaires ou l'effet de la réforme de la Tarification à l'activité (T2A).

Ce parcours m'a permis de travailler avec les différentes directions du ministère et les corps d'inspection (Inspection générale des affaires sociales-Igas, Cour des comptes…) et avec les organisations professionnelles (fédérations représentant les organismes complémentaires, établissements de santé…) tout en gardant un lien fort avec la recherche, notamment avec l'Irdes, avec lequel je collabore de manière continue depuis l'époque où j'étais jeune doctorant. J'ai ainsi pu conduire des études s'adressant à des destinataires différents : des travaux d'aide à la décision pour les directions du ministère ou les cabinets, des études publiées par la Drees et relayées par la presse spécialisée ou généraliste, et des articles scientifiques publiés dans des revues académiques, qui confèrent à l'ensemble des travaux menés un label de qualité scientifique.

3/ Quels sont vos projets pour le Gip Irdes ?

Je souhaite accentuer notre positionnement en termes de travaux de recherche appliquée dans les domaines sanitaire et médico-social afin de faire le lien entre la recherche et l'aide à la décision. Pour ce faire, il convient non seulement de garantir la qualité des études par des publications scientifiques régulières mais aussi de veiller à leur assurer la plus grande visibilité. Cela suppose, d'une part, de garder des liens étroits avec la recherche académique, de s'appuyer sur notre conseil scientifique, et d'autre part, d'avoir pour objectif que chacune de nos études soit déclinée dans notre publication Questions d'économie de la santé, qui est le bon format pour atteindre les décideurs et les professionnels.

L'entrée de la CNSA dans le Gip va permettre de développer sur le long terme nos travaux sur le champ du handicap et de la dépendance. Ainsi, nous travaillons déjà à la construction d'une enquête auprès des bénéficiaires de la prestation de compensation du handicap. Concernant la dépendance, nous travaillons à l'appariement de l'enquête CARE avec les données de l'Assurance maladie, enquête dont nous exploiterons naturellement les données. Le développement de nos compétences sur le champ médico-social nous conduit logiquement à être partenaire des enquêtes de la statistique publique sur ce champ.

Dans le domaine sanitaire et de l'organisation des soins, les travaux de l'Irdes font référence. Il s'agit donc de poursuivre dans cette voie, tout en s'adaptant à l'évolution des bases de données, notamment avec la création du Système national de données de santé (SNDS) prévu par la loi de santé. Ainsi, nous devrons intensifier notre expertise sur les bases de données médico-administratives. Cela nous permettra de mener plusieurs études sur les parcours de soins. De nombreux travaux sur le sujet sont déjà prévus (psychiatrie, Accident vasculaire cérébral-AVC) dans le cadre d'évaluations d'expérimentations (Parcours santé des aînés-Paerpa, personnes souffrant d'Insuffisance rénale chronique-IRC). Enfin, nous préparons en partenariat avec la Drees plusieurs enquêtes : l'une sur la protection sociale complémentaire d'entreprise qui aura lieu en 2017 et contribuera à évaluer l'Accord national interprofessionnel (Ani) généralisant la complémentaire santé en entreprise et, à plus long terme, la prochaine enquête européenne de santé (EHIS) qui se déroulera en 2019.

Propos recueillis par Anne Evans

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