3 QUESTIONS ... DECEMBRE 2016








1/ Pourquoi cet Atlas ?

En France comme ailleurs, à problèmes de santé identiques, les patients sont soignés de manière très différente selon leur lieu d'habitation. Ainsi, lorsqu'elles ne sont pas justifiées par le besoin des patients, les variations de pratiques médicales posent un problème de nature éthique, thérapeutique et économique. Elles soulèvent la question de la qualité des soins dispensés, de l'équité d'accès aux soins et de l'efficience dans l'allocation de ressources humaines et financières limitées.
Les taux de recours aux soins de la population, calculés sur un territoire donné, sont naturellement le reflet des besoins de soins de la population locale mais également de l'organisation de l'offre, de la disponibilité des lits et des médecins ainsi que de leurs pratiques médicales. De nombreux pays produisent des atlas de recours aux soins afin d'interroger systématiquement les variations de pratiques, d'informer le grand public et de sensibiliser les professionnels. La France ne disposait pas encore d'un pareil outil qui constitue souvent la première étape d'un diagnostic global pour améliorer la pertinence des soins.

2/ Comment sont mesurées et interprétées les variations de pratiques médicales ?

Cet Atlas mesure et compare les taux de recours à dix interventions chirurgicales identifiées prioritaires en termes de pertinence et de qualité des soins. Chaque intervention chirurgicale est décrite à travers sa prise en charge usuelle, ses avantages et inconvénients ainsi que ses alternatives quand elles existent. Des recommandations nationales pour chaque intervention sont également mentionnées quand elles sont disponibles. L'Atlas est illustré par des cartes qui permettent de comparer les variations entre départements.
Une des principales difficultés de la mesure des variations de pratiques médicales repose sur leur ajustement aux besoins de soins. Il est clair que les taux d'utilisation des soins varient d'un territoire à l'autre en fonction du profil épidémiologique de leur population. Or mesurer ces besoins est difficile, en revanche, l'âge est généralement corrélé aux besoins de soins. Le recours aux soins est également lié au genre, les femmes et les hommes ayant des problèmes de santé en partie spécifiques. Aussi pour s'assurer que les différences observées entre territoire ne résultent pas des différences de profils d'âge et de sexe, nous avons standardisé les taux par sexe et structure d'âge (par groupe de cinq ans).

3/ Est-il possible de réduire les variations de pratiques médicales ?

La tâche est compliquée... Le défi est de réduire les variations « non-justifiées » reflétant les limites de la connaissance des professionnels de la santé et les échecs de l'application des recommandations, tout en préservant « les bonnes variations » qui sont la conséquence des préférences des patients auxquelles le système de santé doit s'ajuster. Si l'on ne parvient pas à réduire ces variations injustifiées, le risque est de fournir des soins aux patients qui n'en ont pas besoin ou qui ne correspondent pas à leurs préférences et de priver de ces mêmes soins ceux qui en ont besoin.
L'approche par taux de recours retenue dans cet Atlas ne peut à elle seule rendre compte de la complexité des comportements de consommation et d'offre de soins mais elle reste une première approche essentielle. Il est indispensable d'enrichir ces analyses par d'autres se focalisant sur la qualité des prises en charge, les parcours de soins etc., ainsi que développer les informations objectives permettant de mieux comprendre les déterminants des variations observées.


Propos recueillis par Anne Evans

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