3 QUESTIONS ... MARS 2016







1/ Quels objectifs poursuivez-vous dans cette nouvelle étude de l'APL, mesure locale de l'accessibilité aux soins appliquée aux médecins généralistes ?

L'Accessibilité potentielle localisée (APL) est une mesure locale de l'accessibilité aux soins. Calculée au niveau de chaque commune, elle considère également l'offre de soins et la demande des communes environnantes. Ceci permet de répondre aux principales critiques faites aux indicateurs usuels d'offre de soins tels que la densité et la distance. L'autre enjeu de l‘indicateur est de proposer des pistes d'amélioration concernant la quantification de l'offre de soins et des besoins de soins ainsi qu'une définition plus précise de l'interaction entre l'offre et la demande.
Il s'avère que le paramétrage de ces critères a un impact important sur la mesure de l'APL. L'objectif de cette étude est de mesurer la sensibilité de l'APL en modifiant les deux grandes dimensions de l'indicateur que sont la définition de l'offre de médecins généralistes et les seuils d'accessibilité à cette offre de soins.

2/ Quels sont les nouveaux paramètres testés ? Que montrent-ils ?

Pour interroger la mesure du niveau de l'offre de soins, les Equivalents temps plein (ETP) de médecins généralistes sont calculés en utilisant une fonction continue rapportant l'activité du médecin à l'activité moyenne annuelle d'un médecin généraliste. Un ETP de médecin généraliste dont l'activité est supérieure à l'activité moyenne est donc supérieur à 1, ce qui n'est pas le cas dans l'APL initiale. Cette évolution permet de mieux prendre en compte l'activité importante de certains médecins, qui travaillent beaucoup plus que la moyenne. Ce nouveau paramétrage de l'offre entraîne une augmentation significative de l'APL de 24 % par rapport à l'APL initiale (21 % lorsque la fonction continue est bornée au 95e percentile). Cette augmentation profite à tous les types de communes, qu'elles soient urbaines ou rurales, situées dans un pôle ou dans sa périphérie ou bien hors de l'influence de ceux-ci.
Par ailleurs, l'utilisation de fonctions théoriques de décroissance rendant l'offre de soins plus accessible associée à une augmentation du seuil d'accessibilité de 15 à 30 minutes impacte également l'APL de manière significative. Cette évolution permet de tenir compte de l'effet des distances d'accès sur l'accessibilité en gommant les effets de seuils de l'APL initiale. Ceci entraîne à la fois une réduction des disparités intra-régionales et une structuration beaucoup plus importante des valeurs de l'APL selon le type de communes autour d'un axe centre/périphérie des pôles.

3/ Envisagez-vous d'autres prolongements à cette étude ? Pourquoi ?

Effectivement, nous souhaitons continuer à travailler sur la mesure de l'accessibilité aux soins en France car c'est un enjeu de performance du système de santé. Pour ce faire, nous envisageons d'affiner un certain nombre d'hypothèses, notamment celles relatives aux notions de distance pour considérer non seulement la distance par la route, comme dans l'indicateur initial, mais aussi la distance pédestre ou en transport en commun lorsque c'est possible. D'autres dimensions comme les seuils de recours aux soins selon les caractéristiques des populations seront explorées. Enfin, la confrontation de l'APL à la perception des acteurs de terrain (élus, professionnels de santé et usagers) permettrait de discuter cette mesure pour en améliorer le paramétrage.


Propos recueillis par Anne Evans

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