3 QUESTIONS ...


1/ Quels sont les objectifs de la démarche de Réhabilitation améliorée après chirurgie (Raac), en l'occurrence chirurgies de la hanche et du genou ?

La Réhabilitation améliorée après chirurgie (Raac) vise à la fois à améliorer les techniques anesthésiques et chirurgicales pour alléger l'agression liée à l'opération, faciliter la récupération physique, et à accompagner le patient dans l'organisation de son parcours de soins, tant en amont qu'en aval de l'intervention chirurgicale. Cela se traduit par des techniques chirurgicales moins agressives comme la chirurgie mini-invasive, des techniques d'anesthésie plus légères pour permettre une meilleure récupération des patients et par l'intervention d'une infirmière ou d'un infirmier coordinateur qui accompagne le patient en amont et aval de l'intervention.

2/ Pourquoi étudier la Raac sur chirurgie orthopédique et quels principaux effets de sa mise en œuvre observez-vous ?

La chirurgie orthopédique est une spécialité intéressante pour trois raisons. D'abord, c'est une chirurgie courante, avec plus de 220 000 patients opérés chaque année pour une pose de prothèse de hanche ou de genou. Ensuite, c'est une spécialité qui a connu de rapides évolutions en termes de pratiques avec la chirurgie mini-invasive. C'est donc une intervention pour laquelle nous observons de grandes variations de pratiques entre les établissements. Enfin, c'est une opération sensible à l'organisation de l'aval du séjour hospitalier, du fait du besoin de rééducation des patients. Notre analyse montre que, toutes choses égales par ailleurs, les patients opérés dans les établissements qui pratiquent la Raac ont des durées de séjours plus courtes et une probabilité de retour au domicile plus élevée, sans avoir de complications post-opératoires.

3/ Pourquoi cette démarche-qualité est-elle peu diffusée en France ?

De nombreux freins expliquent cette lente diffusion. Le principal relève d'un manque de ressources dédiées. La mise en œuvre de ce type de démarche induit des coûts : l'introduction de nouveaux protocoles demande du temps hors soins aux équipes chirurgicales et implique le financement d'une infirmière coordinatrice. Le développement de cette pratique repose sur des initiatives d'équipes motivées pour innover afin d'améliorer la qualité de la prise en charge, et ce malgré un manque de reconnaissance institutionnelle de la démarche. Pour la campagne tarifaire 2019, une mesure de soutien au développement de l'activité Raac est enfin mise en place. Elle vise à conserver la valeur du tarif du séjour qui correspond à son niveau de sévérité, quelle que soit sa durée. Or, jusqu'ici, des baisses de tarifs pouvaient pénaliser les séjours courts, limitant fortement l'intérêt économique de cette innovation pour les établissements de santé.
Il y a également un frein culturel à la Raac qui modifie les habitudes des professionnels de santé. Elle pousse à aller vers plus de coordination et de travail en équipe, ce qui nécessite aussi la délégation de certaines tâches vers l'infirmière de coordination. La résistance au changement peut venir également des patients et de leurs proches qui ont besoin d'être rassurés sur le fait que la réduction de la durée de séjour ne constitue pas un risque pour la qualité des soins.

Propos recueillis par Anne Evans