« MARDIS DE L'IRDES » : HISTORIQUE 2024

Les séminaires « Mardis de l'Irdes » présentent des travaux de recherche finalisés ou en cours.

Ils répondent à deux objectifs :

  • présenter et discuter les travaux effectués par les chercheurs de l'Irdes,
  • valoriser et échanger sur les travaux réalisés par des équipes de recherche extérieures à l'Irdes.

Les « Mardis de l'Irdes » se déroulent deux fois par mois, le mardi à 11h00 à l'Irdes et sont ouverts aux personnes extérieures (chercheurs, administrations, professionnels de santé, etc.).

La durée d'un séminaire est au maximum d'une heure et demie, soit jusqu'à 45 minutes d'exposé et 45 minutes de discussion.







Comparaison des dépenses de santé en France et en Allemagne : quelles leçons pour la France ?

Présentation : Or Z. (Irdes) et Minery S. (Irdes)
Discussion : Milstein R. (OCDE)

Mardi 27 février 2024

L'Allemagne est le berceau de l'assurance maladie sociale, le premier régime d'assurance maladie, introduit par le chancelier allemand Otto von Bismarck à la fin du 19e siècle. Si la France s'est inspirée du modèle allemand pour introduire la Sécurité sociale, les systèmes de santé ont évolué différemment dans les deux pays. Le modèle allemand est caractérisé, d'une part, par la coexistence de l'assurance maladie publique et de l'assurance maladie privée substitutive, qui fournissent ensemble une couverture universelle, et d'autre part, par une gouvernance segmentée et décentralisée, donnant un pouvoir de décision important aux organismes corporatistes : associations de caisses d'assurance maladie, d'hôpitaux, de médecins, de psychothérapeutes et de dentistes.

Les dépenses de santé en Allemagne sont les plus élevées au monde derrière les Etats-Unis : 12,7 % du PIB en 2022, suivis par la France (12,1 %). Par habitant, l'Allemagne dépense environ 20 % de plus en santé que la France. Ces dépenses élevées en Allemagne s'expliquent par un volume d'activité important aussi bien en ville qu'à l'hôpital, ainsi que par des mécanismes de financement généreux et conservateurs assurés par les organismes corporatistes.

Dans ce contexte, que peut-on apprendre de l'Allemagne pour améliorer la gestion des dépenses de santé en France ? Cette présentation revient sur les principales conclusions d'une étude comparative des dépenses de santé en France et en Allemagne, évaluant les mécanismes et les politiques clés qui définissent et régulent les volumes et les prix des soins de santé dans les deux pays.


La réforme des Groupements hospitaliers de territoire (GHT). Le décréter, c'est s'intégrer ?

Présentation : Sirven N. (Université de Rennes, EHESP, CNRS, Inserm, Arènes, UMR 6051, RSMS-U 1309 ; Irdes)
Discussion : Cassou M. (Irdes)

Mardi 6 février 2024

La réforme des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) de 2016 en France a imposé l'intégration territoriale des hôpitaux publics. Bien que sans personnalité juridique propre, l'intégration verticale en GHT repose sur l'instauration de contraintes pour limiter les problèmes d'agence. Or, ces contraintes sont relativement souples et surtout, aucun mécanisme incitatif n'a été mis en place pour encourager l'adoption de comportements coopératifs. Selon la théorie de l'agence, notre hypothèse principale suggère que l'introduction de contraintes seules n'a pas permis d'atteindre des objectifs de coordination des soins entre établissements publics. Dans un cadre de différences-de-différences sur des données hospitalières de 2013 à 2019, nous avons mesuré l'intensité des collaborations entre établissements par le biais des transferts de patients entre hôpitaux publics du même GHT. Nous trouvons des résultats hétérogènes suivant le statut des établissements. D'une part la réforme a augmenté significativement les transferts pour les hôpitaux de proximité. D'autre part, la plus grande part des hôpitaux publics n'a pas enregistré d'effet significatif. L'hypothèse alternative d'une spécialisation des établissements au sein des GHT est testée, sans qu'une tendance générale forte puisse être dégagée. La réforme interroge l'efficacité des obligations contractuelles sans mécanismes incitatifs pour améliorer la coordination des soins entre les acteurs.


Les aidants améliorent-ils la qualité de prescription des médicaments des personnes âgées atteintes de démence ?

Présentation : Pichetti S., Perronnin M., Penneau A. (Irdes)
Discussion : Chauvin P. (Liraes, Université Paris Cité)

Mardi 30 janvier 2024

Contexte : L'amélioration de la qualité des prescriptions médicamenteuses pour les personnes âgées atteintes de démence représente un défi majeur car les risques d'iatrogénie liés à des prescriptions inappropriées peuvent entraîner des conséquences particulièrement graves pour ces personnes âgées fragiles. Les aidants familiaux, souvent impliqués dans la coordination des soins avec les professionnels de santé, peuvent avoir un impact encore plus important sur les prescriptions lorsqu'ils aident leurs proches à domicile. Ils organisent des consultations pour eux et facilitent le dialogue entre les personnes âgées et les médecins pendant la consultation (Gillepsie et al., 2013). Ils signalent également aux médecins les effets inattendus et indésirables du traitement (Smith et al., 2015) et peuvent rechercher des informations sur les traitements nouvellement prescrits (Aston et al., 2017). Le niveau de formation des aidants professionnels, en particulier le fait qu'ils aient reçu une formation en matière de santé, exerce également une forte influence sur le rôle de l'éducation et du soutien aux familles (Dreier et al., 2016 ; Backhaus et al., 2017 ; Attard et al., 2020).
Cet article analyse conjointement l'impact des aidants familiaux et professionnels sur la qualité de la prescription mesurée par huit indicateurs de prescriptions potentiellement inappropriées pour une population de personnes âgées atteintes de démence.

Données et méthodes : Cette étude est basée sur les données de l'enquête Capacités, aides et ressources des seniors (Care) en ménages (2015). Huit indicateurs de prescriptions potentiellement inappropriées ont été calculés pour chacune des 1 992 personnes âgées de 60 ans et plus atteintes de démence faisant partie de l'échantillon. Les personnes âgées ont été classées dans des catégories homogènes de degré de gravité de leur démence. L'information sur l'aide demandée par les seniors distingue deux catégories, celle de l'aide pour accomplir des tâches médicales (gestion de la prise de médicaments, prise de rendez-vous) et l'aide pour réaliser les autres activités de la vie quotidienne. En utilisant cette information, nous caractérisons l'aide familiale et l'aide professionnelle disponibles pour chaque personne âgée.
Notre objectif est d'estimer l'effet des aidants familiaux et professionnels sur le fait d'avoir des prescriptions potentiellement inappropriées. Or, l'aide familiale et l'aide professionnelle sont potentiellement endogènes car elles dépendent de l'état de santé qui influence la consommation de médicaments. Dans ce contexte, nous introduisons des variables instrumentales dans des probits multivariés. Nous estimons le modèle par maximum de vraisemblance simulée.

Résultats : 50 % des personnes âgées démentes à domicile ont au moins une prescription potentiellement inappropriée.
L'aide familiale pour les tâches médicales n'a pas d'effet significatif sur les prescriptions potentiellement inappropriées, de même que l'aide professionnelle pour les tâches médicales n'a pas d'effet non plus.
Les effets de l'aide familiale pour les tâches non médicales ne sont pas significatifs pour tous les indicateurs. Les effets de l'aide professionnelle pour les tâches non médicales sont positifs et significatifs pour la probabilité d'avoir au moins une prescription inappropriée (+29 points de pourcentage, valeur p = 0,004) sur la probabilité d'avoir des prescriptions inappropriées pour des troubles mentaux (+35,7 points de pourcentage, valeur p <0,001), alors qu'ils restent faibles et non significatifs pour la probabilité d'avoir des prescriptions inappropriées pour des troubles non mentaux.
Compte tenu du niveau élevé de prescriptions potentiellement inappropriées en France, nos résultats incitent à améliorer la formation initiale et continue des aidants professionnels et à trouver de nouveaux modes de coordination et de gestion des soins médicaux pour les personnes âgées atteintes de démence en France.