« MARDIS DE L'IRDES » : HISTORIQUE 2019

Les séminaires « Mardis de l'Irdes » présentent des travaux de recherche finalisés ou en cours.

Ils répondent à deux objectifs :

  • présenter et discuter les travaux effectués par les chercheurs de l'Irdes,
  • valoriser et échanger sur les travaux réalisés par des équipes de recherche extérieures à l'Irdes.

Les « Mardis de l'Irdes » se déroulent deux fois par mois, le mardi à 11h00 à l'Irdes et sont ouverts aux personnes extérieures (chercheurs, administrations, professionnels de santé, etc.).

La durée d'un séminaire est au maximum d'une heure et demie, soit jusqu'à 45 minutes d'exposé et 45 minutes de discussion.







Les zones d'interventions prioritaires : regards sur le zonage des Agences régionales de santé (ARS) et la spécificité des pratiques médicales

Silhol J., Insee - Département des études économiques
Discutant : Mousquès J.

Mardi 16 avril 2019

L'équilibre entre offre et demande de soins primaires se dégrade depuis quelques années. Des tendances démographiques puissantes sont à l'œuvre. D'un côté, la population augmente, vieillit et le taux de maladies chroniques s'accroît. De l'autre, l'effectif des médecins généralistes libéraux décroît légèrement depuis 2010 et le volume moyen d'activité des médecins est en forte baisse sous l'effet du renouvellement générationnel. Ce déséquilibre n'est pas uniforme sur le territoire : certaines zones, appelées « déserts médicaux » dans le débat public, sont beaucoup plus affectées que d'autres.
L'arrêté ministériel du 13 novembre 2017 précise les modalités de sélection des communes vers lesquelles doivent être fléchées les aides conventionnelles et ministérielles à l'installation et au maintien des médecins généralistes, ce qui définit les Zones d'intervention prioritaire (Zip). Une partie de la sélection est faite au niveau national. Cette partie de la sélection se fonde sur la possibilité qu'ont les patients d'accéder aux services médicaux, telle qu'elle est mesurée par l'indicateur d'Accessibilité potentielle localisée (APL). L'autre partie est déléguée aux Agences régionales de santé (ARS) qui semblent, d'après l'arrêté, avoir une plus grande liberté pour effectuer leurs choix.
L'étude examine dans quelle mesure ce zonage reflète également les pratiques des médecins. D'abord, nous trouvons qu'il existe une forte corrélation négative entre le niveau d'APL et certains aspects des pratiques des médecins : taille de la patientèle, prescriptions, rythme de consultation, nombre d'actes par an ; la corrélation est positive en revanche pour le temps que le généraliste accorde à la formation continue. Cependant, la sélection des communes par les ARS, qui prennent en compte l'indicateur d'APL mais aussi d'autres indicateurs complémentaires, reflète davantage l'hétérogénéité des pratiques des médecins (mesurées selon ces 5 critères). Ensuite, nous mettons en évidence des spécificités de pratiques des médecins exerçant dans les Zip. Nous aborderons en particulier la question de la qualité de la prise en charge, qui semble être affectée par l'exercice dans ce type de territoire.


Etat de santé et consommation de soins des indépendants en Europe

Sirven N. (Irdes ; Liraes (EA 4470), Université Paris Descartes), Paraponaris A. (AMSE, Université d'Aix-Marseille, Inserm UMR 912 ; LEDa-Legos, Université Paris Dauphine, Université PSL), Garrouste C. (Université Paris Dauphine)

Mardi 19 mars 2019

Les politiques publiques en Europe tendent à favoriser le développement du travail indépendant en justifiant notamment d'effets potentiels bénéfiques sur la dynamique économique et sur la santé. Si les études internationales indiquent de manière régulière que les travailleurs indépendants jouissent d'une meilleure santé que les salariés ou fonctionnaires, la cause réside peut-être dans un possible « effet de sélection » à court terme, tout à fait compatible avec l'idée que le travail indépendant aurait à moyen et long terme, des effets néfastes sur la santé (Rietveld et al. 2015).
L'objectif de ce travail est de tester l'hypothèse que les travailleurs indépendants, initialement en meilleure santé (effet de sélection) accusent une dégradation de leur état de santé plus rapide que les autres catégories de travailleurs, notamment à cause d'un recours plus faible aux soins lié à un coût d'opportunité en temps plus élevé du fait de leur activité spécifique.
Nous utilisons les données longitudinales de l'enquête SHARE entre 2004 et 2014 dans neuf pays européens, pour la population des individus entre 50 et 75 ans, en emploi lors du premier entretien, de manière à suivre les travailleurs au moment de leur sortie du marché du travail. L'effet à long terme du travail indépendant sur la santé et la consommation de soins est ainsi appréhendé au-delà de la période d'activité. Des mesures de santé objectives permettent de réduire le biais de déclaration, et des modèles de panel dynamiques permettent de réduire le biais de variable omise. Les résultats corroborent l'hypothèse de départ.


Améliorer le suivi des personnes âgées les plus fragiles : impact des plans personnalisés de santé sur les parcours de soins

Penneau A., Bricard D., Or Z. (Irdes)
Discutant : Sirven N. (Irdes, LIRAES, Université Paris Descartes)

Mardi 19 février 2019

La capacité de communication et de coopération entre les acteurs intervenant auprès des personnes en situation de fragilité sanitaire et sociale est un déterminant majeur de la qualité de leur prise en charge. Dans le cadre des expérimentations Parcours santé des ainés (Paerpa), lancées en 2014 pour améliorer la prise en charge des personnes âgées fragiles, un outil de coordination, le Plan personnalisé de santé (PPS) a été proposé. Le PPS est un outil innovant qui a pour objectif d'améliorer la prise en charge globale des personnes âgées, mais aussi de prévenir la perte d'autonomie, d'éviter le recours inapproprié à l'hospitalisation et la polymédication par une meilleure continuité des prises en charge. Notre étude vise à évaluer l'impact de la réalisation d'un PPS sur la consommation de soins et la qualité de prise en charge des personnes âgées qui en bénéficient.

L'évaluation est réalisée à partir des données de consommation inter-régime de l'Assurance maladie appariées aux bases de données hospitalières de 2014 à 2016. Nous développons deux approches économétriques complémentaires pour mesurer l'impact du PPS sur les consommations de soins et la qualité de prise en charge. La première est une analyse en double différences après appariement afin de mesurer la différence d'évolution entre les traités et les témoins, avant et après la réalisation du PPS (ou le trimestre de référence pour les témoins). La seconde approche cherche à s'affranchir du biais de sélection pouvant persister à cause du manque de données sociales et médico-sociales dans les bases de données dont nous disposons en exploitant les différences dans la diffusion du PPS auprès des médecins généralistes entre les communes.

Nos premiers résultats suggèrent que le PPS peut être un outil de repérage effectif pour identifier les cas les plus complexes, du point de vue social et médical. On observe un impact du PPS sur l'augmentation des dépenses d'infirmiers et un léger impact en termes de réduction de la consommation médicamenteuse. En revanche, on ne constate aucun effet significatif dans la première année suivant le PPS, sur les hospitalisations évitables, la polymédication et le recours aux urgences. Ces résultats préliminaires sont à confirmer avec les données de 2017.


Évaluation d'impact d'une nouvelle organisation des soins en chirurgie orthopédique sur les parcours de soins

Malléjac N., Or Z. (Irdes)
Discutant : Bricard D. (Irdes)

Mardi 29 janvier 2019

La coordination des soins avant et après une hospitalisation est importante pour améliorer la qualité de prise en charge des patients et l'efficience du système de santé. Différents protocoles de soins centrés sur le patient ont été développés dans la littérature médicale. Ils sont de plus en plus promus et employés dans les établissements de santé. Nous évaluons l'impact de la mise en place d'un protocole de Réhabilitation améliorée après chirurgie (Raac) en chirurgie orthopédique sur les parcours de soins dans différentes cliniques privées.
Les données mobilisées viennent du Programme de médicalisation des systèmes d'Information en Médecine, chirurgie, obstétrique (PMSI-MCO) des patients ayant séjourné pour pose de prothèse de hanche ou de genou. Nous analysons l'impact de la Raac sur les durées de séjours, les modes de sortie (Soins de suite et de réadaptation (SSR) ou domicile) et la probabilité de réadmission à 30 jours. A partir de régressions en doubles différences, nous comparons les résultats des patients opérés dans les établissements labellisés Raac par le Groupe francophone de réhabilitation améliorée après chirurgie (Grace) avec ceux des patients pris en charge dans les cliniques témoins comparables. On isole l'effet de la Raac en prenant en compte l'impact potentiel d'autres facteurs tels que l'âge, le sexe du patient, son indice de co-morbidité et l'offre de soins environnante.
Les patients opérés dans un service de chirurgie qui pratique la Raac ont, en moyenne, une durée de séjour plus courte que ceux qui sont opérés dans un service de chirurgie classique (-0,3 jour). Ces patients ont une probabilité plus élevée de retour à domicile (+15 %), sans avoir un plus grand risque de réadmission à 30 jours. La probabilité de sortie à domicile diminue avec la proximité du domicile à un établissement SSR, et augmente avec le niveau de vie médian de la commune de résidence. La Raac a un impact significatif sur le nombre de séjours en SSR et le nombre de journées d'hospitalisation, sans compromettre la sécurité du patient.